Darfour : une catastrophe humanitaire sous nos yeux


ImageLe Darfour, province ouest du Soudan, est le théâtre d’un conflit sanglant et complexe dont la population civile est la première des victimes. Frontalière avec le Tchad et principalement peuplée de tribus d’origine africaine, cette région est depuis l’indépendance du Soudan délaissée par l’Etat, qui laisse se perpétrer impunément des razzias et massacres de milices des tribus dites arabes.

Face à cet isolement, face à l’aggravation des exactions commises par les Janjawids, qui vont même jusqu’à détruire des villages entiers, et devant l’inaction gouvernementale, les plus importantes tribus africaines se sont constituées en mouvements rebelles.

Les combats se sont intensifiés dans la région à partir de 2003, période pendant laquelle, paradoxalement, d’autres rebelles, du Sud, négociaient un accord de paix avec le gouvernement.

L’armée soudanaise appuie militairement depuis 2003 les exactions des milices Janjawids, notamment en bombardant les villages ensuite pillés, pour écraser la rébellion. C’est aussi, pour l’Etat, l’occasion de mener une épuration ethnique, les survivants aux assauts étant condamnés à la famine.

Le nombre de victimes, principalement civiles, s’élève à plus de 400 000 et a provoqué le départ d’un tiers des 6 millions d’habitants de la région. Une commission d’enquête de l’ONU évoque des “crimes contre l’humanité”, Kofi Annan parlant d'”enfer sur terre”. Les seules associations encore présentes ont très peu de marges de manœuvre et sont également prises pour cible par les milices. La répression est d’autant plus violente que cette rébellion, plus encore que celle des séparatistes chrétiens du Sud, est une véritable remise en cause de l’Etat islamique par des populations musulmanes.

Face à cette crise humanitaire extrême, on peut raisonnablement s’interroger sur le rôle de la Communauté internationale. Les maigres mais coûteuses forces de l’Union Africaine, réduites au rôle d’observateur, ne servent pour ainsi dire à rien, et Khartoum refuse toute intervention de l’ONU, considérée comme une ingérence occidentale. En effet, en août dernier le Conseil de sécurité a approuvé le déploiement d’une force onusienne de 17 000 casques bleus, mais son application reste bloquée par le président Omar Al-Bachir au nom du droit à la souveraineté de l’Etat.

L’intervention effective de la Communauté internationale est d’autant plus pressante qu’il s’agit également d’un conflit géopolitique et économique, mêlant des intérêts divergents. Le Darfour a accueilli des troupes libyennes : c’est, pour Kadhafi, une alliance de revers contre le Tchad qui accueille par ailleurs des réfugiés depuis le début du conflit et apporte un soutien militaire aux rebelles du Darfour. De plus, de récentes études révèlent la présence de richesses naturelles suffisantes pour que les grandes puissances privilégient avant tout leurs intérêts économiques avant la sauvegarde de centaines de milliers de vies humaines. La France, implantée au Tchad, qui souhaite assurer sa part du marché soudanais du pétrole, n’en est pas exempt.

Alors que certains évoquent un véritable « génocide », que pouvons-nous faire ? A l’échelle française, ne s’agit-il tout d’abord pas de sensibiliser nos concitoyens, pour qu’un mouvement d’opinion amène les candidats à l’élection présidentielle, et tout particulièrement Ségolène Royal, à prendre position contre ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité ? La voix de la France, présente au Conseil de Sécurité, est essentielle pour que l’ONU intervienne concrètement.

Aux déclarations consensuelles doit succéder l’arrêt effectif des violences. Cela passe par une pression accrue envers le régime de Khartoum pour qu’il accepte une force multinationale sur son sol, seule à même de protéger la population du Darfour et de permettre aux associations humanitaires de travailler en sécurité.

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