Parias Urbains, Loïc Wacquant, fiche de lecture


ImageLoïc Wacquant, Parias Urbains : Ghetto – Banlieues – Etat, Paris, La Découverte, 2006.

Sociologue proche de Pierre Bourdieu, Loïc Wacquant livre dans cet ouvrage une réflexion passionnante sur les territoires de relégations urbaines de nos sociétés occidentales contemporaines. S’appuyant sur un travail d’enquête de plusieurs mois dans les quartiers dits « sensibles » de La Courneuve et du South Side de Chicago, l’auteur invite le lecteur à changer de perspectives sur ces lieux si souvent stigmatisés. Par son analyse, il déconstruit nombre de préjugés actuellement en vogue dans le discours médiatique et politique, particulièrement celui de la droite conservatrice et libérale porté en France par Nicolas Sarkozy.

A l’encontre de la très populaire thèse de l’américanisation des « Cités » européennes, l’auteur met en lumière les profondes divergences existant entre les situations des deux côtés de l’Atlantique.
Les quartiers de relégations situés au cœur des métropoles états-uniennes sont aujourd’hui devenus des « hyperghettos », dans lesquels se cumulent de très lourdes ségrégations raciale et sociale. Complètement à l’écart du reste de la société, délaissés par l’Etat-Providence et coupés du marché du travail, ils forment des îlots de pauvreté extrême et de violence endémique.

Aux yeux de Loïc Wacquant, les quartiers de relégation en Europe, et particulièrement en France, ne peuvent quant à eux pas être considérés comme des Ghettos à proprement parler. Si comme leurs homologues américains, ils accumulent les difficultés économiques et sociales, ils constituent cependant des ensembles beaucoup moins cloisonnés, moins homogènes, socialement comme ethniquement, et beaucoup plus en lien avec les institutions étatiques. La marginalité et la pauvreté sociale aux Etats-Unis et en Europe sont les produits de processus socio-historiques profondément disparates et appellent des réponses politiques différentes. Il apparaît donc complètement illusoire de chercher à importer tel quel sur notre continent les recettes appliquées depuis une trentaine d’années aux Etats-Unis. D’autant moins que les politiques de répression à tout crin et de diminution des aides sociales au nom de la « responsabilisation » des catégories les plus pauvres y ont accentué les inégalités urbaines bien plus qu’elles ne les ont résolus.

Tout au long de son propos, Loïc Wacquant met parfaitement en évidence le fait que les problèmes auxquels sont confrontés aujourd’hui nos banlieues ont des causes profondément sociales. N’en déplaise à Nicolas Sarkozy. La marginalisation accrue de zones urbaines entières, et le sentiment de frustration et de rejet qu’elle suscite chez leurs habitants, est une des conséquences des profondes mutations connues par notre société lors de son passage à l’ère du post-fordisme. Particulièrement fragiles face aux évolutions économiques contemporaines, face au développement du libéralisme financier, les anciennes périphéries ouvrières de nos agglomérations se sont progressivement transformées en véritables quartiers de relégations urbaines concentrant les handicaps. Tenus à l’écart des fruits de la croissance, leurs populations sont les premières victimes du chômage, de la précarisation du salariat et de l’accroissement des inégalités. Progressivement, ils entrent dans un régime qualifié par l’auteur de « marginalité avancée », forme « modernisée » de la misère.

Le traitement de la crise des banlieues appelle donc une réflexion plus globale sur le statut de la pauvreté dans nos sociétés contemporaines pourtant si riche. A ce sujet, Loïc Wacquant livre, en guise de conclusion à sa rigoureuse analyse sociologique, des pistes intéressantes, particulièrement pour les socialistes. Pour lui, seul un engagement massif et volontariste de l’Etat dans ces quartiers déshérités peut permettre de mettre un terme à la spirale de leur dégradation. Mais au delà de cet indispensable réinvestissement de ces espaces urbains par les services de l’Etat, il invite à une redistribution sociale accrue en faveur des populations exclues du champ du salariat stable. Il invite même, avec une once de provocation qui stimule la réflexion, à instituer un véritable droit du citoyen à la subsistance et au bien être qui pourrait selon lui prendre la forme d’une « allocation universelle », d’un revenu minimum garanti à tous, indépendamment de leur rapport au marché du travail.

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