Internet, allié de la culture, ennemi de ses marchands


Il y a un peu plus d’un an, les internautes, et plus précisement les « téléchargeurs », ou encore les « pirates », étaient la cible de lobbying. En effet, la loi DADVSI a fêté le 3 août dernier son premier anniversaire au journal officiel. La loi relative aux Droits d’Auteur et Droits Voisins dans la Société de l’Information prévoit de graves sanctions, pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 300 000€ d’amende. Et les interdictions sont diverses : interdiction de télécharger, de proposer du contenu non protégé, même si ce contenu vous appartient… Ces graves sanctions ont été ajoutées au texte initial de la loi, sous le nom… d’amendement « Vivendi/Universal » !

Aujourd’hui, rien n’a changé. La loi DADVSI n’effraie plus, les condamnés se comptent sur le doigts d’une main, et les téléchargements sont toujours aussi abondants. On oublie même que cette loi avait remué les communautés d’internautes pendant presque 6 mois. Et cela inquiète un acteur du monde multimédia : M. Olivennes, patron de la FNAC, au point de rédiger un rapport au Ministre de la culture et de la communication.

Réprimer les téléchargements

Après avoir cité des chiffres révélant la dépression économique affectant le marché du disque et de la vidéo, M. Olivennes en vient aux propositions. Un schéma simple : l’internaute étant la cause de tout ces maux, il faut le punir. M. Olivennes croit détenir une solution, dont il juge les dispositifs « pas excessifs au regard des droits en jeu et qui peut permettre d’éviter un passage devant le juge en cas d’accord préalable, sont rapides et peuvent être efficaces ». Ces dispositifs ne sont rien d’autre que la suppression de l’accès internet à l’internaute ! Oui cette solution a le mérite d’être rapide, efficace, mais s’apparente dans toutes ses formes à de la répression ! On supprimerait alors l’accès à internet à un citoyen souhaitant acquérir et faire partager sa culture. Ce n’est pas défendre la culture, mais bien empêcher son accès.

Et qui fermerait l’accès à internet ? Les gendarmes du net seraient les fournisseurs d’accès à internet ! Avec ce rapport, M. Olivennes prône la privatisation de la « cyberpolice ». Un internaute, en s’engageant chez un fournisseur d’accès, devra avoir en tête que ce dernier aurait le devoir de rompre l’abonnement, si des téléchargements frauduleux étaient découverts dans son ordinateur.

Etant sûrement inspiré par le cauchemar de Georges Orwell, M. Olivennes souhaite instaurer la peur de l’Internet. Il souhaite que l’internaute réfléchisse à deux fois avant de télécharger, car il veut que cet internaute soit surveillé par la personne qui lui a permis l’accès à cette technologie : son fournisseur d’accès.

La cause du téléchargement est oubliée

Dans ce rapport, et tout comme Vivendi/Universal auparavant, M. Olivennes argue du fait que l’internaute « détruit » la culture en téléchargeant. La culture est avant tout un ensemble de créations intellectuelles ou artistiques. Si ces sociétés pensent que cette définition de la culture est incomplète, et que la culture doit avant tout être vendue, et s’ils n’arrivent pas à la vendre, c’est bien un problème lié à leurs stratégies commerciales, car des consommateurs potentiels, il y en a. Force est de constater que les sociétés de « production culturelle » n’ont pas réussi à s’adapter à l’évolution de la société en lien avec Internet. Pourtant parlons d’Apple ! Cela doit faire plus de 5 ans que l’iTunes Music Store couvre une bonne partie de la planète, et cela fait 5 ans qu’Apple réalise des chiffres d’affaires gigantesques, notamment grâce à la vente de musique en ligne.

Si Apple l’a fait, pourquoi pas les autres ? Comme d’autres sociétés, la FNAC a lancé son magasin en ligne, sans franc succès. Alors que reste-t-il comme solutions ? Eh bien elles sont toutes simples. Si la FNAC, tout comme les majors, écoutaient les consommateurs, ils auraient compris que les solutions dépendent d’eux, et non de l’Etat, des fournisseurs d’accès ou encore des tribunaux. Réduire significativement le prix du CD augmenterait considérablement les ventes. Entre un CD à 9 € et un à 25€, le choix est vite fait. Des CD bon marché inciteraient les consommateurs à se procurer l’objet, et non à le télécharger. La culture est l’otage des ses distributeurs, et la rançon à payer est le prix du support, que certains ne peuvent débourser, alors ils la «volent » à leur tour.

La plupart des « téléchargeurs » choisissent l’illégalité pour ne pas avoir à financer des maisons de disques. En effet, la part allouée aux artistes est minime. On ne finance pas l’artiste en achetant un CD. Si cette part était augmentée, la plupart des téléchargeurs prendraient mieux conscience qu’en achetant le CD, ils récompensent l’artiste. Encore faut-il que l’artiste ait le mérite de voir son travail récompensé. La plupart des artistes, au sens premier du terme, ne se trouvent pas, ou difficilement dans le commerce. Difficile de trouver des interprètes en dehors du Top 50, qui n’ont d’ailleurs pas besoin de vendre des CD pour gagner des sous. La publicité, la télévision et les magazines s’en chargent. Si les magasins comme la FNAC promouvaient réellement la vente des produits des « petites » maisons de disque, plutôt que ceux issus des majors, le téléchargement n’aurait plus beaucoup de raison d’être pour la plupart des internautes.

L’idée de créer un portail sur lequel seraient répertoriées les offres légales est en soit une bonne idée. Mais M. Olivennes oublie qu’un seul service de téléchargement légal présente autant (ou plus) de morceaux qu’un magasin lui-même (physique ou virtuel) : iTunes. Pas la peine de créer un quelconque portail sur Internet, il suffit de proposer en quantité du contenu riche et varié à des prix abordables en magasin. Si les CD coûtaient moins de 10€, la plupart des consommateurs choisiraient l’objet plutôt que les chansons téléchargées (légalement), verrouillées, et de qualité imposée. Il ne faut pas rendre l’accès aux offres illégales « difficile », il faut faciliter l’accès à l’offre légale.

Internet, espace de richesse et de partage

Enfin, Internet n’est pas l’assassin des artistes, bien au contraire. Grâce aux sites comme MySpace, LastFM ou encore Radio Blog, de nombreux artistes sont découverts, et écoutés. Sans oublier musique-libre.org et Jamendo.

Ce qui uni ces sites, c’est la valeur du partage. Sans télécharger, on peut écouter la musique du voisin, ou d’un internaute à l’autre bout du monde. Sa seule différence avec le téléchargement est que l’internaute n’a pas accès sur son ordinateur à la musique. Ces sites utilisent la technologie de streaming, et M. Olivennes les classe parmi les moyens illégaux. Certes ces sites permettent l’écoute à volonté, mais ils ne permettent pas le « vol », et l’argument de « destruction de la culture » ne tient pas debout, pour justifier leur classification comme illégaux.

En outre, il faut savoir que certains artistes diffusent leurs oeuvres via les services de téléchargements classés comme illégaux. Ains n’est-il pas rare de voir sur le site des artistes «offrant » leurs oeuvres des liens vers des fichiers Bittorent, ou des liens eMule. Ou même il n’est pas rare que l’auteur propose le téléchargement de ses chansons directement via son site internet. Et aujourd’hui, des fournisseurs d’accès ferment le serveur si des fichiers multimédia y sont stockés, sans vérifier si ces fichiers sont soumis à des droits d’auteur ou non.

Pourquoi vouloir interdire l’accès à cet espace, plutôt que de se remettre en question et arrêter de prendre pour coupable celui qui refuse d’acheter la culture ? Pourquoi prétendre défendre la culture, quand on ne fait que défendre ses intérêts économiques ? Pourquoi faudrait-il toujours considérer la culture selon la seule logique mercantile ?

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