La révolution conservatrice en marche : un retour à la loi du plus fort


Depuis son élection, Emmanuel MACRON nous montre plus précisément la voie vers laquelle il veut emmener les Français. Ce chemin est celui de la révolution conservatrice. Le président de la République tente d’installer un retour à l’ordre ancien, autant au niveau de la méthode qu’en matière de contenu des mesures qu’il met ou veut mettre en place.

Sa méthode est autoritaire comme celle des rois d’antan. Elle vise à réunir tous les pouvoirs et le gouvernement autour de sa personne. Il a nommé un Premier ministre manquant de charisme et d’importance politique. La limitation du nombre de conseillers par ministère les rend dépendant de la présidence. Ceci conjugué au fait qu’il n’y a plus de ministre ayant une réelle importance politique comme François BAYROU. En outre, la présence d’un parti (LREM) sans presque aucune démocratie interne, entièrement dévoué au président où tout est décidé par lui renforce cette impression.

Sa démarche vise également à museler les journalistes pour en faire des émissaires et non des regards critiques de son action comme au temps de l’ORTF. L’interdiction des photographes de presse lors de la première photo du gouvernement en est la démonstration. Ou encore la demande de sélection de journalistes pour certains de ses déplacements comme au Mali.

Son attitude vise à contrôler et contourner l’Assemblée nationale comme si le mot démocratie n’avait plus de sens. La “nomination” de Richard FERRAND à la tête du groupe LREM accentue la domination de l’exécutif sur les députés LREM. Un président de groupe est coutumièrement élu par les députés et non nommé par le président. Quoiqu’ils s’en défendent les députés LREM sont des godillots. Ils n’ont même pas le droit de cosigner un amendement avec des membres d’un autre groupe. Sous “l’ère Macron” l’Assemblée nationale sera donc muselée. Le contournement des députés en utilisant les ordonnances pour réaliser la loi travail le prouve bien.

Ce retour à des méthodes anciennes est accentué par le positionnement du président sur ses réformes. Il pense que seule sa réforme est juste et que son contenu est indiscutable. Emmanuel Macron alla même jusqu’à traiter ses opposants de “fainéants”. En les traitant de cette manière, il renforce la fragmentation de la société entre les vainqueurs et les perdants de la mondialisation. Sûrement parce qu’il imagine que les élites réfléchissent mieux que les autres. Cette vision repose sur un néo-darwinisme social visant à faire de “l’élite intellectuelle” qu’il représente les plus beaux, les plus brillants et les plus riches, donc les plus à même de prendre des décisions. Toutefois, la politique n’est pas une science. Elle ne peut pas être déterminée par des preuves indiscutables. Les politiques publiques sont dirigées par les valeurs de chacun des acteurs. Nous ne pouvons jamais être certains que ce que nous pensons est la solution optimale. Toutefois, nous pouvons avoir l’intime conviction que notre choix est le meilleur possible. Si toutes les décisions politiques sont discutables, il faut un accord sur la manière dont nous les prenons pour éviter une animosité entre les personnes favorables et opposées à ces décisions. Pour ce faire, nous avons choisi le système démocratique où à l’issue d’un débat suivit d’un vote la majorité l’emporte sur la minorité. Il est donc important de s’assurer de la perfectibilité de la démocratie pour assurer l’adhésion de tous lorsque les orientations sont prises. Emmanuel Macron en étant aussi catégorique sur ses arbitrages crée des tensions au sein de notre système de décision qui vont à l’encontre des principes démocratiques.

Cette révolution conservatrice, touche également les collectivités locales. Le président est en train d’annihiler la décentralisation pour remettre au goût du jour un certain type de centralisation. Ceci passe par la suppression de 300 millions de crédits aux collectivités locales. Ou encore la fragilisation des revenus des communes lié au manque à gagner vis-à-vis de la future suppression de la taxe d’habitation qui représente 1/3 de leurs finances. Et la fin de nombreux contrats aidés nécessaires au bon fonctionnement des administrations locales (comme les écoles, les aides aux personnes handicapées…). Sans parler des nombreuses associations qui vont pâtir de cette mesure et sont essentielles au bon déroulement de l’action publique. Ces mesures mettront les communes, les départements, les régions… dans une condition de dépendance Étatique remettant en cause la décentralisation. Alors que celle-ci est essentielle pour appréhender de la meilleure des façons de nombreux problèmes territoriaux en s’adaptant à chaque territoire.

Toutefois, ces désengagements envers les collectivités locales et les associations ne seront pas compensés par un fort retour de l’État.  Au contraire, cinq milliards d’économies ont été annoncés pour 2017 et d’autres suivront en 2018 pour que le déficit public atteigne 2,7% du PIB en 2018. Beaucoup de services publics seront affectés par ces mesures et ne pourront pas répondre à toutes les demandes des Français. Est-ce pour préparer une vaste privatisation de nos services ? Nous en avons la conviction (certaines privatisations ont d’ailleurs déjà été annoncées par le Ministre de l’économie Bruno LE MMAIRE).

Ces mesures privilégient l’équilibre financier sur l’équilibre macroéconomique et feront souffrir de nombreux Français. De plus, la plupart des mesures annoncées concernant la fiscalité ont tendance à épargner les plus riches et à cibler les plus précaires. Selon une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les 10 % des Français les plus aisés vont concentrer 46 % des baisses d’impôts prévues sur le quinquennat (comme la réforme de l’ISF). Emmanuel MACRON fera son quinquennat par les riches et pour les riches. Cette répartition mettra à mal notre état social tel que nous avons pu le construire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’autant plus, que certaines baisses inattendues ont été annoncées comme celle concernant les APL (concentrées sur les ménages les plus modestes ayant donc un caractère redistributif fort) et peuvent en cacher d’autres comme la hausse de la taxation des PEL (une épargne plébiscitée par beaucoup de Français).

Par ailleurs, la loi Travail accentuera ce phénomène. Plus de flexibilité ne veut pas dire plus d’emplois, mais plus de précarité. La compétition accrue entre les travailleurs occasionnera des gagnants et des perdants. Les perdants seront essentiellement les personnes les plus fragiles comme les jeunes, les retraités et les femmes. Pourtant le marché du travail Français est déjà l’un des plus flexibles d’Europe. La France arrive en 10ème position devant l’Allemagne (surtout que les différentes lois du quinquennat précédent ne sont pas prises en compte). Cette loi est un retour en arrière de plusieurs décennies qui efface les progrès des droits sociaux si durement acquis par la gauche.

Le président de la République, mène par son autoritarisme affirmé et sa politique néolibérale une révolution conservatrice. Une tentative de faire réapparaître en France des pratiques et des idées que nous pensions disparues. Il ne met pas en place des notions ou perceptives nouvelles. Il recycle uniquement les veilles méthodes et idées déjà utilisées par THATCHER ou REAGAN ainsi bien d’autres avant eux qui visent à ce que seul le plus fort l’emporte. Un monde où s’impose la puissance autorégulatrice du marché par l’action d’une main invisible qui permet d’accorder l’offre et la demande. L’illustration de cette pensée est la baisse des APL et dans le même temps la requête faites aux bailleurs sociaux de baisser leurs loyers.

La pensée MACRON remet en cause les fondements de ce qui font la France. Il n’essaye pas de réécrire notre contrat social, mais de le détruire. Il efface cette solidarité permettant aux plus riches d’aider les plus pauvre, afin de mettre en place une certaine méritocratie républicaine permise en partie par les mesures issues du Conseil National de la Résistance après la Seconde Guerre mondiale (comme la Sécurité sociale).

Évidemment, nous n’écartons pas le fait qu’il existe de nombreux problèmes dans notre société qui méritent d’être résolus. Cependant, nous pensons qu’il existe d’autres solutions qui peuvent être mises en place sans pour autant remettre en cause ce à quoi nous avons contribué à construire (mise en place d’une nouvelle république, revenue universel…).

Emmanuelle MACRON veut nous faire passer pour des incompétents, des fainéants, des barbares. Mais comme disait déjà Pierre BOURDIEU, nous refusons “la nouvelle alternative entre : libéralisme et barbarie”. Dans une certaine mesure, nous pouvons le remercier, car c’est en se construisant contre ses propositions que nous pouvons produire des idées innovantes et nous rassembler plus facilement autour d’elles. Grâce à ses choix nous savons ce que nous ne voulons pas, à nous de proposer de nouvelles idées pour préparer l’alternance dès que possible. Jusqu’à cet instant, nous devons tout faire pour éviter à la révolution conservatrice d’Emmanuel MACRON de progresser.

Sources :

  • Image à la une : © ERIC FEFERBERG / POOL / AFP
  • Pierre BOURDIEU, 1998. Contre-feux, raisons d’agir éditions
  • Luc PEILLON, 27 Août 2017. La fiscalité selon Macron : les plus aisés seront les plus gâtés, Libération
  • Laurent JEANNEAU, septembre 2017. Licenciements la France n’est pas si “rigide”, Alternative économique

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