Lettre d’Antoine Détourné aux militants du MJS


Jeudi 27 novembre 2008

 

Chers camarades,

Un cycle nouveau s’ouvre au sein de la famille
socialiste, avec l’élection de Martine Aubry au poste de
Premier Secrétaire du Parti Socialiste. Il s’agit
d’une mini révolution pour le MJS, qui n’aura
quasiment connu que François Hollande comme interlocuteur depuis
notre prise d’autonomie.

Depuis 1993, se démarquant des autres partis
politiques français, les socialistes ont fait le choix
d’accorder l’autonomie à leur organisation de
jeunesse. Ce choix courageux n’a jamais été remis
en cause depuis 15 ans. Le Mouvement des jeunes socialistes est
aujourd’hui un lieu de pouvoir parce que c’est un lieu
d’influence : influence indispensable des socialistes dans
la jeunesse à l’heure où Nicolas Sarkozy est le
premier Président de la République élu en
étant minoritaire chez les jeunes. Influence des jeunes
socialistes dans la jeunesse mais aussi dans leur famille
politique : le MJS n’est ni une simple courroie de
transmission, ni une organisation indépendante du parti
socialiste. Il porte une parole socialiste. Et comme tout pouvoir, il
implique des responsabilités.

La première des responsabilités,
c’est d’être pertinents. Aujourd’hui,
s’il est bien un sujet qui a fait l’unanimité entre
toutes les motions, c’est l’analyse de la jeunesse. Il
s’agit d’une victoire politique pour nous. Ni avant-garde
éclairée, ni donneur de leçon, depuis maintenant
15 ans nous nous efforçons d’alerter les socialistes sur
des sujets touchant particulièrement les jeunes, comme
aujourd’hui sur les libertés (loi HADOPI, EDVIGE…) et de
faire en sorte que les socialistes soient précurseurs sur de
grands sujets de société ou sociaux, comme hier sur le
PACS pour ne prendre qu’une exemple.

La deuxième responsabilité, c’est
d’être fidèles. Fidèles à nos valeurs
et à notre idéal, les militants du MJS, celles et ceux
qui « entre 15 et 29 ans veulent agir au côté
des socialistes » selon nos statuts, n’ont
manqué aucun combat politique dans lequel les socialistes ont
été impliqués, s’ils ne les ont pas parfois
eux-mêmes initiés. L’unité des socialistes
dans les batailles électorales et sociales étant un
préalable à nos victoires, nous avons toujours
veillé, même quand elle a été mise à
mal ces dernières années, à la faire vivre et
à la défendre.

La troisième responsabilité, c’est
d’être engagés. Les militants du MJS se mobilisent
partout en France. Sur tous les fronts (crise financière,
edvige, temps de travail, éducation, poste…), on trouve un
jeune socialiste qui porte avec détermination les couleurs
socialistes. Dans ce congrès, nous avons déposé
une contribution thématique « être à la
hauteur ». Les militants du MJS qui sont adhérents du
parti se sont impliqués dans les débats de notre
congrès. Rarement on aura vu autant de jeunes dans les meetings
de toutes les motions, rarement on aura vu autant de jeunes
défendre des orientations comme n’importe quel militant
socialiste dans un congrès. C’est la force de notre parti
que d’avoir une génération de jeunes militants qui
ne se contentent pas d’être spectateurs mais font le choix
d’être acteurs.

Pour ma part, en tant que Président du MJS et
donc garant de son autonomie, je me suis tenu à un devoir de
neutralité vis-à-vis de toutes les motions, tant dans mes
apparitions et expressions publiques qu’en n’apportant ma
signature à aucun texte. C’est le mandat que vous
m’aviez confié à Bordeaux, où,
rassemblées autour d’une motion commune, l’ensemble
des sensibilités du MJS ont apporté à
l’unanimité leur soutien à l’autonomie comme
principe de fonctionnement, d’organisation et d’action pour
le MJS.

Léo Lagrange disait :
« C’est à la jeunesse qu’il faut
s’adresser si l’on veut agir sur les façons de
penser et les façons d’agir de l’ensemble de la
France ». Aujourd’hui comme hier, les socialistes ne
peuvent se permettre de perdre la bataille de la jeunesse. Tout
d’abord, nous devons offrir un débouché politique
aux humiliations, indignations et aspirations qui la traversent.
C’est ce que nous nous efforçons de faire.

Mais surtout, la jeunesse, au-delà des
diversités de situation des jeunes, connaît une
trajectoire commune, celle du déclassement ; elle
apparaît comme un révélateur des problèmes
de notre société : mal logement, pouvoir
d’achat stagnant, inégalités,
précarité, restriction des libertés… De notre
capacité à répondre aujourd’hui à ses
problèmes dépend notre capacité à
répondre demain aux problèmes de la France, à
faire émerger un autre modèle de développement
plus solidaire, plus démocratique et plus respectueux de
l’environnement.

La jeunesse exprime aujourd’hui une
radicalité que les socialistes doivent accompagner et
transformer en moteur d’un autre projet de société.

Je pense que nous n’avons plus à nous
justifier et pas plus qu’à légitimer
l’autonomie des jeunes socialistes. Loin d’en faire un
principe sans cesse proclamé pour mieux être
galvaudé, le MJS fait vivre cette autonomie. Son utilité
n’est plus à prouver. Cette utilité passe par notre
capacité à mettre en musique la parole socialiste dans la
jeunesse.

Nous devons continuer à être en
première ligne de notre combat contre la politique delà
droite, en participant massivement aux différents mouvements
sociaux qui ne manqueront pas de fleurir dans les prochaines semaines.
Mais nous devrons également continuer à jeter des ponts
entre les différents acteurs de la gauche, en faisant du MJS un
lieu d’échange et de travail entre militants politiques,
syndicaux et associatifs, ainsi qu’entre militants et jeunes
citoyens.

Nous devons également nous saisir
immédiatement de la question des élections
européennes qui approchent à grands pas. Avant toutes
choses, il nous faudra lancer une grande campagne d’inscription
sur les listes électorales, campagne qui devra être
d’autant plus intensive que les élections
européennes suscitent généralement moins
d’engouement que les présidentielles. Cette campagne
d’inscription est de notre responsabilité, car nous sommes
les seuls à même d’amener aux urnes toute une frange
de la jeunesse que la politique de la droite et l’atonie de
l’opposition peuvent rejeter dans l’abstentionnisme.

Enfin, nous devons recentrer nos efforts de
développement de l’organisation sur sa fonction
d’éducation à la politique. Pour cela, un plan
national de formation est en cours d’élaboration, qui
permettra à chacun d’entre nous de progresser sur
l’ensemble des questions auxquelles nous sommes
confrontées dans notre engagement. Cette priorité
à la formation ne peut être que bénéfique
pour l’organisation, et de ce fait à l’ensemble de
la gauche. Nous sommes une organisation de militants : ce qui
différencie le militant du supporter, c’est sa
capacité critique forgée dans le creuset de la formation.

Si ce congrès du Parti Socialiste s’est
tenu sur fond de crise financière, nous n’oublions pas que
le précédent s’était déroulé
sur fond d’émeutes dans les banlieues, quelques mois avant
un des conflits sociaux les plus mobilisateurs de
l’après-guerre, le CPE. De 1958 à 1981, les
socialistes ont été éloignés du pouvoir.
Nous ne voulons pas être la génération des
défaites de la gauche. Ce n’est pas seulement un souhait,
c’est notre responsabilité.

Notre famille politique vient de vivre une crise comme
elle en a connu de nombreuses dans son histoire. Cette crise ne sera
grave que si nous laissons notre famille s’y enliser.
L’outil socialiste est trop précieux pour que nous nous y
résignions. C’est à nous, jeunes socialistes,
qu’il appartient de n’en faire qu’une crise
passagère. L’électrochoc doit venir de la jeunesse.

Nous vivons, toutes générations
socialistes confondues, la fin de la fin de l’histoire. Dans 10
ou 15 ans, on nous demandera certainement « que
faisiez-vous, que disiez-vous quand cette crise financière a
éclaté ? ». Nous voulons répondre
que nous étions en train de penser l’avenir à
gauche et de préparer les victoires socialistes.

Antoine Détourné, Président du MJS.

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