Pourquoi fusionner les grandes écoles et les universités ? Le compte-rendu du débat


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Le 12 mai dernier, a eu lieu le premier forum sur un des engagements du Pacte pour les Jeunes à Sciences-po Bordeaux.

Martine Jardiné, vice présidente du Conseil Général, Malvina Pelay membre du Bureau National de l’UNEF, et Thierry Marchal-Beck, Secrétaire national des Jeunes Socialistes au Projet et aux Primaires, ont débattu de la fusion des universités et des grandes écoles.

Thierry Marchal-Beck entre directement dans le vif du sujet :

La France est le pays en Europe où le niveau d’étude des parents détermine le plus celui de leurs enfants, et où le diplôme détermine le plus la carrière future d’un étudiant. Le fait d’être passé par une grande école et d’avoir été sélectionné par concours représente un atout considérable à l’embauche. Or ce système conduit à la reproduction des élites, par plusieurs mécanismes qui perpétuent les inégalités sociales. » Il y a d’abord une injustice économique de taille à laquelle la proposition des Jeunes Socialistes sur la fusion des grandes écoles avec les universités vise à répondre : l’investissement de l’Etat français par élève dans l’enseignement supérieur est non seulement le plus faible des pays de l’OCDE mais il est bien inférieur à celui dont bénéficie un étudiant en grande école : 8000 € pour un étudiant à la fac contre 15000€ pour un étudiant de grande école.

Du coup, soulignent Thierry Marchal-Beck et Malvina Pelay, cette différence se retrouve évidemment dans la qualité du suivi des élèves mais aussi en terme d’accompagnement administratif. On peut reprendre trois illustrations de cette inégalité : le service des stages dont bénéficient les étudiants de grandes écoles, de qualité supérieure à celui des universités ; la mobilité internationale, bien supérieure en grande école qu’à la fac ; et le suivi des anciens élèves permettant la constitution de réseaux auxquels les élèves de grandes écoles peuvent faire appel une fois diplômés. Ces trois facteurs ont pour résultat une discrimination à l’embauche évidente envers les étudiants issus du système universitaire classique.

Or le principal problème des grandes écoles est qu’en plus d’instaurer une distinction basée sur le nom de l’école et la sélectivité, cette dernière est profondément inégalitaire. Malvina Pelay explique : « Le contenu du concours est la première barrière puisque celui-ci est basé sur des connaissances liées au milieu social de l’élève tel que les langues (tout le monde n’a pas les moyens d’offrir des séjours linguistiques à ses enfants) et la culture générale, une épreuve qui favorise les enfants dont les parents sont déjà diplômés de l’enseignement supérieur et qui bloque l’accès aux élèves de milieu moins intellectuels. » Ce mécanisme s’illustre par le fait qu’il y a beaucoup plus de fils d’ouvriers obtenant une mention très bien au bac que de fils d’ouvriers dans les grandes écoles.

Cette discrimination opérée par le système des grandes écoles touche également l’ambition et puisque les projets que les parents dessinent pour leur enfant préjugent souvent de leur succès. Or, depuis que le chômage structurel s’est installé en France et qu’une part croissante de la population a du mal à joindre les deux bouts, la principale préoccupation de nombreux ménages est de subvenir à leurs besoins au jour le jour, sans pouvoir « investir »dans le futur de leur enfant, souligne Martine Jardinet. Cet  »investissement » dans les enfants est caractéristique du système français et de sa dualité : comme il y a deux types d’éducation supérieure et qu’ils sont hiérarchisés, seul un effort en dehors du système scolaire républicain permet aux parents de garantir à leur enfant une place dans les écoles élitistes. Le phénomène de l’autocensure joue également, et freine les jeunes de milieux modestes à tenter de tels concours, souligne Malvina Pelay.
De plus, l’inégalité se poursuit une fois le concours passé, puisque les écoles ont des emplois du temps contraignants et exigent des rendus (exposés, fiches, etc) très réguliers. Les élèves qui en auraient besoin ne peuvent donc pas se permettre de travailler, alors que c’est le cas d’un étudiant sur deux, ce qui représente donc une barrière supplémentaire.

Face à ce constat, les intervenants sont unanimes : il faut fusionner! L’intégration des grandes écoles dans le système universitaire ne suffit pas, comme le démontre celle des Instituts d’Etudes Politiques : les inégalités perdurent. « La fusion, c’est une véritable mutualisation des moyens pour donner le même niveau d’encadrement à tous, et surtout pour stopper ces discriminations à l’embauche entre étudiants sortant de grandes écoles et étudiants sortant de la fac » a expliqué Thierry Marchal-Beck. « Le but, c’est vraiment d’aboutir à un système uniformisé où tout le monde aura droit aux mêmes chances. Il faut donc aussi parler des filières rattachées à certains ministères qui multiplient les cas particuliers et empêchent l’universalité de l’enseignement supérieur en France », renchérit Malvina. Une question de la salle s’enquiert des moyens financiers : Thierry Marchal-Beck est clair : « Ce qu’il faut c’est du courage politique : oui il faudra de l’argent, on doit le dire, mais on a la possibilité de dégager 60 à 70 milliards d’euros rien qu’en supprimant les cadeaux de la droite aux plus hauts revenus. Après, il reste à voir si cela sera fait… ». Malvina Pelay ajoute : « Et puis il ne faut pas oublier qu’il y en a, de l’argent donné à l’enseignement supérieur : le problème ‘est qu’il n’est pas réparti équitablement! »

Le débat se poursuit autour de la supposée démocratisation des grandes écoles, souvent avancée pour refuser la fusion : pour Thierry Marchal-Beck et Martine Jardiné plus on élargit le recrutement de ces structures, plus on en fait un système  »normal » ou du moins reconnu comme tel, et plus on marginalise le système gratuit qu’est l’université. Pour Martine Jardinet, le constat est clair « Ce que nous vivons en ce moment, c’est une saignée de l’université, c’est un cancer généralisé ». En témoignent les dernières réformes en date sur l’orientation post-bac et la pseudo-autonomisation des universités, premier pas vers l’augmentation des frais et une plus grande privatisation.

Comme tout est lié, il a également été question de parcours d’autonomie : Martine Jardiné s’interroge : est-ce que l’allocation sera accordée à tout le monde ? Pourtant, certains élèves n’en ont pas besoin! C’est la salle qui répond cette fois : « Le but, c’est de considérer les majeurs comme des adultes à part entière, de leur donner un statut pour qu’ils soient autonomes. Ne donner l’allocation qu’à une certaine catégorie, ce serait en faire un substitut à l’aide des parents, et refuser cette autonomie aux jeunes » Malvina ajoute : « Aujourd’hui, à 18 ans, on est majeurs politiquement mais mineur socialement : le parcours d’autonomie permet de faire cesser cette contradiction. »

Martine Jardiné, qui est aussi professeur à la fac de psychologie, est d’accord. « Vous vous rendez compte que lorsque vous étudiez à Normal sup mais que vous n’avez pas passé le concours hyper sélectif de l’entrée, vous n’avez pas le statut de Normalien, pas le droit de vivre sur le campus, ni de bénéficier du médecin de l’école ? Si ça ce n’est pas un système totalement archaïque! » Elle conclut : « Vous touchez à quelque chose de vraiment fondamental dans la société française en vous attaquant à ce système élitiste, et vous avez raison! Ce sera difficile, mais il faut le faire ! » Chiche.

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